ABBAYE SAINTE MARIE DE VALBONNE
(ALPES MARITIMES)

1199-1297

C'est sur les terres d'un vallon isolé, au lieu dit Gourdneuf dépendant de Sartoux, en bordure de la Brague petit fleuve côtier, offertes par Olivier évêque d'Antibes (charte du 6 février 1199) à l'abbaye de Prads Faillefeu, que Guillaume, abbé, fonda l'abbaye de Sainte Marie de Valbonne.

L'abbaye de Prads (du diocèse de Digne) appartenait à l'ordre de Chalais et était elle-même fille de Boscodon.

Très vite Sainte Marie de Valbonne se trouva dotée d'un patrimoine foncier important provenant tant de dons des seigneurs avoisinants que d'acquisitions. Hélas, sa gestion s'avéra rapidement désastreuse. Déjà Chalais, abbaye mère était dans un triste état ; le spirituel et le temporel laissaient à désirer ; la pauvreté avait engendré l'anarchie et avait atteint la majorité de l'ordre. Valbonne ne fit pas exception. Considérant que leur abbé Martin abusait de son autorité, les moines le déposèrent en 1285.

En 1290, l'abbaye de Prads réclama et obtint de l'évêque de Grasse l'abbaye de Valbonne que ce dernier maintenait sous sa garde ; ne pouvant parvenir à restaurer l'ordre, l'évêque de Grasse dut à nouveau en assurer la direction.

En 1297, l'abbé Bertrand Conort unit purement et simplement son abbaye au monastère de Saint André d'Avignon ; mais l'évêque et le Chapitre de Grasse refusèrent de ratifier cette affiliation. Ils l'offrirent en 1303 à l'abbaye de Lérins, qui désirait englober Sainte Marie et ses territoires dans ses possessions, en échange du prieuré de Saint Ambroise de Gourdon, la directe du Château de la Napoule et quatre livres de rente à prendre sur Saint Vallier. L'acte fut dressé le 23 février mais ne fut jamais exécuté.

Puis elle fut offerte aux Chartreux qui n'en voulurent pas. L'évêque de Grasse fit de nouvelles propositions à Lérins qui cette fois accepta en 1304 et voulut en prendre possession. Le monastère de Saint André d'Avignon argua qu'on disposait de ses biens sans son consentement et y nomma prieur Pierre de Vaccayas en 1319 ; ce dernier s'y maintint par la force jusqu'en août 1335.

L'évêque de Grasse fit alors appel à l'arbitrage du pape qui trancha en 1346 ; il attribuait Sainte Marie de Valbonne à Lérins moyennant une compensation à Saint André d'Avignon. A compter de cette date, l'abbaye de Valbonne et ses territoires ruinés devint prieuré de Lérins, occupé seulement par le prieur, moine ouvrier et sans doute un ou deux moines.

Les épreuves pleuvent sur la Provence : peste noire, grande sécheresse , ravages de la Compagnie de Turenne, rivalités des reines Jeanne de Naples et d'Anjou, incursions barbares qui déciment et font fuir les rares populations des hameaux environnants, laissant les territoires de l'abbaye "ruinés, inhabités, incultes, pierreux et couverts de bois"

La réunion de la Provence à la France en 1481 par Louis XI, après le règne pacifique du roi René fut le prélude à la renaissance de la région. En 1519, par la volonté du prieur de Valbonne don Antoine Taxil, le village va naître d'une évidence économique : mettre en valeur les terres de l'abbaye. L'acte d'habitation dressé le 13 octobre 1519 stipule que " Notre Dame de Valbonne serait et devrait être l'église paroissiale... que le seigneur prieur la donne et concède aux dits hommes et communauté, en sorte qu'il ne sera pas permis audit seigneur prieur de la leur enlever et de se l'approprier... "

L'église abbatiale était de ce fait sauvée d'un abandon et d'une ruine certaine ! et ce nouveau village doté de son église à charge par ses habitants "de faire exécuter les réparations et de pourvoir à ses ornements sacrés et autres objets nécessaires"...