HISTOIRE DE L'ORDRE DE CHALAIS
ÉPANOUISSEMENT ET DECLIN

En 1101, Hugues de Chateauneuf, évêque au diocèse de Grenoble établit une poignée d'hommes à 940 m d'altitude au dessus de Voreppe dans l'Isère, sur les contreforts sud du massif de la Grande Chartreuse. Désireux de vivre séparés du monde en vue d'être unis par la prière, ils veulent retrouver la règle de Saint Benoît sans s'intégrer dans la vie des paroisses ou du siècle.

Les quelques premiers moines "ermites de Chalais " devront vivre de maigres travaux de forestage et d'élevage d'ovins, entravés par la présence puissante des Chartreux, leurs très proches voisins.

En 1110, découragés, sur le point de s'exiler, les occupants de l'ermitage ne doivent leur survie qu'à l'intervention du pieux comte d'Albon et de sa femme Mathilde qui, par leurs dons et leur soutien, leur assureront la "paix et la sécurité ".

En raison de la ferveur de ses premiers religieux et du contexte général très favorable (c'est l'époque de la fondation d'innombrables monastères), Chalais devient abbaye en 1124.

En 1125, le pape Honorines II prend la maison de Chalais sous sa protection. Pressé par la pauvreté et l'afflux des postulants, Chalais se voit contraint d'essaimer. Almeval voit tout d'abord le jour ; encore aujourd'hui on ne peut en situer l'emplacement ; cependant son existence est certaine, son nom apparaissant jusqu'en 1192 dans les lettres de deux papes Alexandre III et Lucius III.

En 1142 Chalais est appelé par l'évêque d'Embrun pour renforcer une petite communauté installée en 1130 dans une chapelle Saint Marcellin sur les hauteurs boisées de Boscodon, près d'embrun (Hautes Alpes), dépendant alors des comtés de Forcalquier et de Provence.

Cette communauté n'avait-elle pas d'ailleurs fondé dès 1135 une autre maison à Laverq, dans la vallée de la Blanche, de l'autre côté de la montagne qui domine Boscodon ! L'évêque d'Embrun estima nécessaire d'organiser une fusion avec les ermites chalaisiens. La communauté se renforça, la vie monastique s'installa et vécut la règle de Saint Benoît telle qu'on la vivait à Chalais.

A partir de ce jour se trouvèrent réunis l'abbaye de Chalais avec sa fondation d'Almeval, l'abbaye de Boscodon avec sa fondation de Laverq et Aubevaux autre fondation de Chalais vers 1144. Pour garder l'unité de l'Ordre, les abbés établirent leur règle qu'ils fixèrent en 1148 et qu'ils nommèrent "charte de Charité de l'Ordre de Chalais ". Ainsi naquit cet "Ordre de Chalais ", à vocation pastorale et forestière, qui engendra après Almeval, Boscodon, Laverq, Aubevaux déjà cités, Prads-Faillefeu , Valserres, Lure, Clausonne, Claircombe, Valbonne, Pierredon, soit 10 abbayes et 3 prieurés toutes sous le vocable de la Vierge Marie, à l'exception de Saint Maurice de Valserres, entre le Dauphiné et le sud, conduits par les chemins de la transhumance nécessaires à la vie de leurs ovins pendant l'hiver. D'autre part, la vallée de la Durance était la grande voie de communication entre le Briançonnais, l'Oisans, le Queyras, l'Ubaye et le delta du Rhône. Toutes ces fondations jalonneront et les voies d'eau, et les routes possibles pour les troupeaux.

Un grand personnage a marqué l'ordre de Chalais : Guigues de Revel. Il est envoyé à Boscodon par Bernard, abbé de Chalais, avec un petit groupe de moines pour édifier l'abbaye ; maître spirituel et constructeur, il édifiera Lure et Prads ; c'est aussi un organisateur exceptionnel et un gestionnaire ; il élabora un plan rationnel pour le développement de l'Ordre et les implantations seront dictées par les besoins économiques : assurer ses propres ressources en huile, vins, céréales, assurer et surveiller l'acheminement des arbres, établir les relais pour la transhumance. Abbé de Boscodon, puis abbé de Lure, évêque de Digne en 1184 où il construisit la cathédrale, abbé Général de Chalais vers 1186, il mourut presque centenaire.

L'élan monastique du XIIIème siècle aura favorisé le développement de cet ordre ; la réputation de ferveur, de sainteté et de courage de ses moines n'a cependant pas suffit à le maintenir. Très tôt la proximité et la puissance des chartreux, les maigres ressources de l'abbaye mère, les difficultés de gestion dus sans doute à la dispersion de ces petites abbayes engendrèrent détresse morale, découragement, et la misère s'abattit sur l'ensemble de l'ordre.

Ainsi disparurent dès la fin du XIIIème siècle et début de XIVème Chalais et toutes ses filles, à l'exception de Boscodon.